Le sommeil est une activité physiologique nécessaire au fonctionnement vital de l’organisme. Il se caractérise par une suspension de la conscience, alternant avec les périodes d’éveil, et est associé à une régulation de toutes les fonctions physiologiques (respiratoire, cardiovasculaire, thermorégulatrice, endocrinienne…) et la survenue de rêves. C’est un processus à la fois passif (cessation de l’éveil) et actif (nécessité de l’activation de certaines structures du cerveau et intervention de neuromédiateurs pour que survienne l’endormissement). L’alternance veille/sommeil est synchronisée sur 24 heures selon un rythme dit « circadien » par une « horloge interne ». Le sommeil est organisé en environ cinq cycles de 90 à 100 minutes. Chaque cycle est composé d’une alternance de sommeil lent (SL), puis de sommeil paradoxal (SP) ou rapide encore appelé sommeil des rêves. Le sommeil lent comporte 4 stades de profondeur croissante caractérisé par un ralentissement de plus en plus important de l’activité cérébrale, et des ondes lentes à l’enregistrement EEG. Le sommeil paradoxal doit son nom à une activité cérébrale électrique rapide et des mouvements oculaires incessants alors que le relâchement musculaire est maximal. Les 1ers cycles de la nuit sont plus riches en SL profond, alors que les derniers ont une plus grande proportion de SP, donc de rêves. Nous dormons en moyenne à l’âge adulte, sept à huit heures par nuit (1/3 de notre temps), néanmoins de manière normale la durée pour se sentir en forme, peut varier de quatre à dix heures selon les individus. Le sommeil est réparti chez l’adulte en une seule période qui coïncide en général avec la nuit. Chez le nouveau-né et le nourrisson, le sommeil est beaucoup plus prolongé (2/3 du temps) et est également fractionné en plusieurs périodes, cette fragmentation disparaissant avec la croissance. Une fragmentation est également fréquemment rencontrée chez la personne âgée, expliquant en partie la fréquence des plaintes à cet âge. L’appréciation du sommeil se fait sur le plan quantitatif mais également qualitatif. Les raisons des perturbations du sommeil dans la vie quotidienne sont nombreuses, travail de nuit ou posté, siestes prolongées, bruit, augmentation thermique externe (température trop élevée de la chambre) ou interne (fièvre), prises d’excitants (caféine, alcool…), anxiété, mais également de nombreuses maladies ou certains médicaments.

Parasomnies

  Les parasomnies sont caractérisées par des manifestations paroxystiques lors des différents stades de sommeil : somniloquie (parler pendant le sommeil), rythmies nocturne (balancements) et crampes nocturnes lors de la transition veille/sommeil, terreurs nocturnes et somnambulisme (déambulation) lors du sommeil lent profond, cauchemars lors du sommeil paradoxal et bruxisme (grincement de dents) lors du sommeil lent léger. Elles sont assez facilement identifiables et ne justifient pour la plupart d’aucune prise en charge particulière.  

Insomnies

  Les plaintes les plus fréquentes sont représentées par les insomnies (retard à l’endormissement, réveils nocturnes, réveil précoce..) et un quart des gens se plaignent de leur sommeil. Ces troubles entrainent fréquemment des problèmes de somnolence dans la journée. Le recours à l’automédication est fréquent amenant souvent à une escalade thérapeutique alors que les hypnotiques ne sont qu’une partie de la solution. Il est probable également que de nombreuses plaintes surviennent alors que les besoins physiologiques en sommeil sont couverts, en particulier pour les « petits dormeurs ».  

Narcolépsie

  La narcolepsie est un trouble du sommeil caractérisé par une somnolence diurne excessive accompagnée d’attaques de sommeil incoercibles et de cataplexies (perte du tonus musculaire déclenchée par une émotion souvent agréable).

La prévalence est de 1/3 300 à 1/5 000.

La maladie débute le plus souvent entre 10 et 30 ans, et dure toute la vie. Le délai moyen entre l’âge d’apparition des symptômes et le diagnostic reste de 10 ans. La maladie présente d’autres signes, inconstants, comme des hallucinations hypnagogiques, des paralysies du sommeil, une insomnie, des comportements oniriques et une prise de poids.

La maladie est due à l’absence ou le non-fonctionnement des neurones à orexine/hypocrétine de l’hypothalamus latéral. Ceci diminue les taux d’hypocrétine-1 dans le liquide céphalorachidien. Une origine auto-immune est le plus probable avec plus de 92% des patients porteurs du typage HLA DQB1*0602.

Le diagnostic est clinique quand les symptômes sont typiques. Toutefois, il est souvent nécessaire de réaliser une polysomnographie suivie de cinq tests itératifs de latence d’endormissement (TILE). Les TILE mettent en évidence une latence moyenne d’endormissement inférieure à 8 min avec au moins deux épisodes de sommeil paradoxal. La présence du groupe HLA DQB1*0602 est un critère de support au diagnostic, très sensible mais peu spécifique. Le dosage de l’hypocrétine-1 dans le liquide céphalo-rachidien peut confirmer le diagnostic. Le diagnostic est le plus souvent typique du fait de la présence de cataplexie.

Le traitement comprend des stimulants de la veille (modafinil, méthylphénidate ou amphétamine), et des anticataplectiques (antidépresseurs ou du sodium oxybate). Le traitement de première intention de la somnolence diurne est le modafinil. Le sodium oxybate est efficace aussi bien sur la somnolence que sur les cataplexies et le mauvais sommeil de nuit.

Les complications de la maladie comportent des performances scolaires et professionnelles insuffisantes. Son évolution spontanée est souvent stable avec toutefois une fréquente amélioration de la somnolence et des cataplexies, mais une aggravation du mauvais sommeil de nuit avec l’âge.  

 Hypersomnie Idiopathique

 

L’hypersomnie idiopathique est un trouble de sommeil qui se présente sous deux entités nosologiques: l’hypersomnie idiopathique avec augmentation de la durée du sommeil et celle sans augmentation de la durée du sommeil.

La prévalence n’est pas connue mais elle est estimée à 1/ 10 000- 1/ 25 000 pour la première et à 1/ 11 000 à 1/ 100 000 pour la deuxième. Toutes deux débutent avant 25 ans et sont observées dans les 2 sexes.

L’hypersomnie idiopathique avec augmentation de la durée du sommeil est caractérisée par un sommeil nocturne de bonne qualité et de longue durée de 10 heures ou plus, une somnolence diurne excessive plus ou moins continue avec des épisodes de sommeil de longue durée et non rafraîchissants, et un réveil difficile avec une inertie ou ivresse du sommeil. L’hypersomnie idiopathique sans augmentation de la durée du sommeil est caractérisée par une somnolence diurne excessive constante de plus de 3 mois quasi isolée avec des siestes diurnes involontaires plus ou moins rafraîchissantes. Le sommeil de nuit est de durée normale ou légèrement allongé mais inférieure à 10 heures, et la qualité du réveil souvent normale. La présence de cataplexie exclue le diagnostic d’hypersomnie idiopathique.

L’étiologie est inconnue. Il n’y a pas d’association avec un groupage HLA particulier, ni de diminution des taux d’orexine/hypocrétine.

Le traitement repose sur les stimulants de la veille. Le modafinil est le stimulant de première intention du fait de son meilleur rapport bénéfice/risque, puis viennent le méthylphénidate ou les amphétamines. Actifs sur la somnolence diurne, ces stimulants ont peu d’effet sur l’inertie du réveil constaté dans l’hypersomnie idiopathique avec augmentation de la durée du sommeil.

 Syndrome des Jambes sans repos

  Le syndrome des jambes sans repos, appelé aussi impatiences nocturnes, est un trouble neurologique qui cause un besoin irrépressible de bouger les jambes. Ce besoin naît d’un inconfort dans les membres inférieurs – fourmillements, picotements, sensations de brûlure -, dont l’intensité varie beaucoup d’une personne à l’autre. Ces sensations désagréables surviennent particulièrement durant les périodes de détente ou d’inactivité. Par conséquent, il peut être très difficile de simplement se reposer, ou encore de rester assis pour assister à une réunion ou de voyager en avion, par exemple. Puisque les symptômes se manifestent principalement le soir et la nuit, l’assoupissement est plus ardu. L’insomnie chronique qui peut en résulter entraîne fatigue et somnolence durant le jour, altérant énormément la qualité de vie. Certaines personnes racontent même avoir la sensation, au réveil, d’avoir marché toute la nuit.